Les rapports complexes entre les journalistes et les réseaux sociaux

Il y a bien longtemps qu’on le sait : les réseaux sociaux constituent non seulement une source d’informations à part entière (puisque de nombreuses personnes connectées choisissent de ne s’informer qu’à travers leur biais), mais ils font également partie intégrante de l’activité des journalistes, qui y voient notamment une source d’inspiration inépuisable. Quel journaliste envisagerait d’ailleurs aujourd’hui de boucler un article sur un sujet de société sans vérifier au préalable ce qu’on en dit sur les réseaux sociaux et si des interlocuteurs reconnus se sont déjà exprimés sur le sujet ?

Les journalistes ont donc recours, pour leur immense majorité, aux réseaux sociaux (plus de 91% en France, et c’est une des moyennes les plus faibles parmi les pays européens ou nord-américains) – pour s’informer eux-mêmes, récolter des informations et des citations toutes prêtes, et puiser dans ce réservoir immense le sujet de leurs prochains papiers. Cependant, et c’est le résultat d’une étude menée par Cision (qui figure ci-dessous sous forme d’infographie), les journalistes entretiennent une forme de paradoxe avec les réseaux sociaux : ils reconnaissent leur importance vitale dans leur activité, mais déplorent ses effets parfois néfastes sur le traitement de l’information.

Seuls 31% des journalistes français reconnaissent un impact positif des réseaux sociaux sur la pratique de leur métier. Pire encore : 62% des journalistes français sont d’accord sur le fait que les réseaux sociaux dégradent les valeurs de la profession. Et ce constat n’est pas limité à la France, loin de là : les journalistes sont toujours plus de 50% à s’entendre sur ce point parmi les pays concernés par l’étude.

Alors quel est le problème ? Il est en réalité double. En premier lieu, et les journalistes sont bien placés pour identifier eux-mêmes ce problème, « les réseaux sociaux encouragent les journalistes à se concentrer sur la rapidité au détriment de l’analyse ». Ils sont 89% en France à le penser, en tout cas. Et comment leur donner tort ? On ne reviendra pas ici sur les contraintes multiples du métier de journaliste aujourd’hui, à l’heure du numérique, sur le besoin souvent impératif de rendre beaucoup de papiers pour gagner correctement sa vie quand on est pigiste, sur la tentation de voir en les réseaux sociaux une fenêtre sur le monde qui dispense de quitter son bureau pour faire son métier. C’est un vaste problème, trop complexe pour qu’on le traite ici sur ce blog, mais sur lequel tout le monde s’accorde.

Les journalistes (et les pigistes) ne sont pourtant pas les seuls responsables de la dégradation de leur propre image : les réseaux sociaux entretiennent également une certaine défiance envers les médias, puisque via Twitter ou Facebook, tout le monde peut partager des informations et trouver un vaste champ de résonance pour leur donner corps. Plus besoin d’être journaliste pour disposer d’une audience, et le fait d’avoir une carte de presse ne garantit en rien de bénéficier de davantage de crédibilité – selon une étude menée en 2014 (par IPSOS pour Le Monde), moins d’un quart des Français (23%) font confiance aux médias. Pas étonnant, donc, que les journalistes regardent d’un œil suspicieux des outils qui facilitent le partage des informations plus rapidement que n’importe quel article de presse (sans traitement ni recul), et qui remettent constamment en cause leur légitimité.

Si les journalistes utilisent autant les réseaux sociaux, il est donc impératif, dans la pratique de notre métier, d’en tenir compte ; mais il est tout aussi vital de comprendre l’usage qu’ils en font, et l’impact que cela crée sur le journalisme en général.

 

Sources :

L’étude IFOP pour Le Monde : https://www.scribd.com/fullscreen/201131539?access_key=key-1t3mqeo13t7ygr0cp930&allow_share=false&escape=false&show_recommendations=false&view_mode=scroll
L’étude Cision : http://www.cision.fr/ressources/infographies/infographie-jrs-monde-2016/

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