Facebook est enfin passé à l’action… mais dans quel but ?

Réparer Facebook.

On s’y attendait depuis quelques semaines, depuis qu’une phase de tests avait été organisée dans plusieurs pays, notamment en Europe de l’est (on en avait d’ailleurs discuté sur ce blog ici) : Facebook a décidé de bouleverser son fil d’actualité. Et il s’agit d’un changement majeur, pas de quelques ajustements discrets et non annoncés sur l’algorithme qui affectent le reach sans qu’on sache vraiment comment ni pourquoi. Même si l’immense majorité des utilisateurs ne s’apercevra même pas d’un quelconque changement dans un premier temps, même si Facebook prétend revenir à sa fonction originelle, on est sur le point de vivre un tremblement de terre…

Il s’agit en effet de favoriser les publications des individus (pages personnelles, autrement dit, les amis avec lesquels on échange un consentement avant d’avoir accès à leurs publications) au détriment des publications de pages (pages qu’il faut donc simplement liker). Mais pourquoi ? Eh bien parce que Facebook s’est donné pour mission, depuis quelques mois, de mener la « chasse aux fake news« , paraît-il. Mark Zuckerberg écrivait récemment qu’il avait l’intention de « réparer Facebook », rien que ça :

« Le monde semble anxieux et divisé, et Facebook a beaucoup de travail à faire – qu’il s’agisse de protéger notre communauté contre les abus et la haine, de se défendre contre les interférences des États nations ou de s’assurer que le temps passé sur Facebook soit bien dépensé. Mon défi personnel pour 2018 est de me concentrer sur la résolution de ces problèmes importants. Nous n’allons pas empêcher toutes les erreurs ou tous les abus, mais nous faisons actuellement trop d’erreurs dans l’application de nos politiques et lorsque nous empêchons l’utilisation abusive de nos outils. Si nous réussissons cette année, nous finirons 2018 sur une bien meilleure trajectoire. » Le patron de Facebook n’a pas peur d’affirmer que « le temps que les gens passent sur Facebook et certaines mesures d’engagement vont diminuer. Mais je m’attends aussi à ce que le temps que vous passez sur Facebook soit plus précieux« .

Les conséquences du séisme.

Ces derniers temps, Facebook n’a pas hésité à faire preuve de davantage de sévérité avec les personnes et pages qui contrevenaient à son règlement : on a vu plusieurs pages être fermées temporairement, voire même définitivement, comme celles de Firerank, qui employait pourtant plusieurs dizaines de personnes et investissaient un certain budget à la sponsorisation de ses publications. Mais ça, Facebook n’en a cure. Le réseau social est aujourd’hui si puissant qu’il est bien au-delà de basses considérations pécuniaires à court terme. Facebook pense en termes de stratégie, et ne fait aucun clientélisme. On peut voir sa page bannie sans aucune explication. Une entreprise peut être secouée du jour au lendemain par une décision prise par Facebook. Bien sûr, on dit qu’il ne faut pas défendre qu’un business model ne doit pas être dépendant des desideratas d’une plateforme dont on ne maîtrise pas les évolutions. Certes, mais tant que ça marche, autant en profiter… Et le jour où ça s’arrêtera, il faudra accepter qu’on ne pourra rien y faire. Oui, Facebook est tout puissant.

Qui sera donc affecté par le séisme en approche ? Toutes les pages, en théorie. Lors des tests effectués en Europe de l’est, les publications des pages étaient reléguées dans le fil Explorer, soit un fil d’actu « secondaire » planqué dans la liste de fonctionnalités de la colonne gauche de la page d’Accueil. On ne sait pas encore si cela sera également le cas lors du déploiement à grande échelle. En tout cas, on parle de chutes de reach d’environ 80%. Et il n’y aura pas grand chose pour éviter cela, si ce n’est, sans doute, jouer le jeu de Facebook : éviter de multiplier les liens sortants (vers un autre site) et donc privilégier les contenus native, susciter le plus d’interactions et de commentaires, tout en évitant de réclamer des likes et des partages (une pratique que goûte fort peu Facebook) et, bien sûr… payer.

Une stratégie difficile à lire.

Vous ne pensiez tout de même pas que votre fil d’actu resterait vierge de toute publication liée à des marques ? Celles-ci pourront toujours sponsoriser leurs publications pour qu’elles apparaissent malgré tout, un peu comme sur Twitter. Communiquer sur Facebook, ce sera désormais un budget. Conséquent. Si vous avez l’habitude de parcourir l’actu en déroulant votre fil d’actu Facebook, sans doute continuerez-vous de voir les publications des plus grands médias, mais les plus petits, les créateurs de contenus, les indépendants, ceux-là devraient prendre le bouleversement de Facebook de plein fouet. Que restera-t-il, au final ? Vos amis, comme cela a toujours été le cas. Et les plus gros poissons de la mare, évidemment.

C’est tout de même un sacré revirement de trajectoire que vient d’effectuer Facebook. Le réseau social, qui semblait partager l’ambition de Twitter de devenir un média à part entière, un curateur d’infos, est-il en train de se détourner de cette stratégie ? Ou plutôt de redéfinir les contours de ce grand média qu’il entend devenir, en se prémunissant des « petits » aux informations plus délicates à vérifier ? En attendant, en obligeant ses clients à passer à la caisse après s’être rendu indispensable dans leur modèle économique, Facebook donne l’impression de refermer un piège, et d’exclure tous ceux qui ne seraient pas en mesure de suivre le rythme.

L’objectif était de rendre Facebook à ses utilisateurs, de le rendre plus « personnel » ? Il risque au contraire d’être plus impersonnel qu’il ne l’a jamais été.

 

Source : https://www.presse-citron.net/change-fil-dactualite-facebook/

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